Un ensemble de 13 photos de moines thaïs et laos intitulé "Des hommes" sera exposé du 10 au 30 mai au Shop Photo de Montpellier, dans le centre ville, à l’occasion du Festival OFF des Boutographies.
DES HOMMES
Dans mon imaginaire, les moines bouddhistes jouissaient d’une présence exceptionnelle mais inexplicable, sinon par des dons surnaturels. Bien qu’athée, j’assimilais ce rayonnement à une sorte d’aura divine. J’éprouvais une certaine fascination malgré moi et loin de la réalité de son objet. Fantasme ? Espoir ?
Sagesse, infaillible et totale ;
Amour altruiste inconditionnel.
Chaque moine incarnait ces qualités essentielles, cette pureté, inhumaines quant à leur intensité. Chacun d’eux : Bouddha en puissance – celui qui s’éveille à la connaissance parfaite de la vérité.
Je croyais ces êtres exempts de nos addictions de simples mortels, affranchis des besoins artificiels que notre époque nous invente.
Je les imaginais d’un autre temps, d’un autre monde, extraterrestres bienveillants qui n’avaient rien en commun avec nous. Forts de leur spiritualité, ils parvenaient à s’élever à tel point que nous en étions réduits à les contempler, d’ici-bas, si bas.
Peut-être ne souffraient-ils d’aucun mal, ni physique, ni mental. Sans doute ne s’encombraient-ils pas même de nos besoins vitaux !
Et puis…
Le voyage m’a conduit auprès d’eux, du moins physiquement.
Invité dans le refuge de la paix et de la sérénité, j’ai vécu leur quotidien et me suis éveillé à la connaissance de vérités multiples. Aussi variées que de moines rencontrés. Car chacun a sa vérité propre. Que son histoire a façonnée.
L’un a été placé au temple par ses parents afin qu’il ne manque de rien. Une éducation, un gîte, un couvert.
Un autre a quitté femme et enfants ainsi que sa dépendance à l’alcool pour se réfugier au sein du bouddhisme.
Celui-ci est trop efféminé au goût de ses concitoyens.
Celui-là ne supporte plus que, chaque jour, sa mère lui apporte son repas …
Et tous mettent en pratique les préceptes à leur façon.
Ce sont donc bien des hommes… Oui ! Définitivement !
Ils boivent des sodas et mangent des sucreries, fument de tout, regardent la télévision. Les plus jeunes font de la mobylette, plus ou moins consciencieusement leurs devoirs et ne décrochent pas de leurs GSM. J’en ai vu en proie au désarroi, hilares, inquiets, doucement fous ou en colère.
Eux aussi sont tout en contraste. Ils portent les couleurs vives du bouddhisme, l’ombre et la lumière de l’humanité. Ils sont des icônes qui, sous l’éclairage du quotidien, apparaissent moins sacrées. Sur eux, parfois, les ombres s’allongent et les lumières s’éteignent. Sur eux, parfois, jaillissent des feux ardents.
Si j’ai eu un fantasme ou un espoir quant à leur nature, tous deux s’effacent pour dévoiler cette réalité non moins éclatante : Ils sont en quête de sagesse et d’amour et ces qualités dont ils font preuve ont d’autant plus de valeur qu’ils sont juste des hommes.
Ainsi, ils conservent un charisme singulier et continuent de me fasciner.